Plan de relance en France : un jeu d’équilibriste entre offre et demande

11 septembre 2020

Jeudi 3 septembre, le gouvernement français a présenté son plan « France Relance » de 100 milliards d’euros. Ce plan, équivalent à 4% du PIB de la France, est principalement axé sur la relance de l’économie par l’offre (avec une baisse des impôts de production dès 2021, représentant 20% des dépenses du plan) mais dispose également d’un volet « demande » important. Examinons ici les principaux axes de ce plan à mettre en perspective avec les plans de relance de certains voisins européens comme l’Allemagne.

Ce choix de soutenir majoritairement l’offre (cf. graphique 1) peut paraitre d’autant plus surprenant à première vue que plus de la moitié du plan d’Outre-Rhin est consacré à la relance de la demande par le biais d’une baisse du taux de TVA au niveau minimum appliqué en Europe (cf. tableau).

Mais il convient de rappeler que ce plan fait suite à de nombreuses mesures d’urgence déjà engagées depuis le mois de mars (au total 470 milliards d’euros, dont 26 milliards pour le chômage partiel, 45 milliards pour le soutien d’urgence aux secteurs les plus touchés par la crise comme le tourisme et l’aéronautique et 300 milliards de prêts bancaires garantis par l’état pour les entreprises) qui ont permis de maintenir l’emploi et donc, in fine, un début de rebond de la consommation après le déconfinement.

Source : Plan France Relance, estimation Indosuez Wealth Management

 

Ce choix d’une priorité donnée à l’investissement et aux entreprises pourrait s’expliquer aussi par les éléments suivants :

Premièrement, le constat largement partagé avant le confinement sur l’état de l’industrie française était celui d’un écart de compétitivité avec l’Allemagne. Il n’est pas à rechercher uniquement dans le volet « compétitivité prix », mais aussi du côté des impôts de production qui faisaient déjà débat avant le confinement. À ce titre, il est important de rappeler que la fiscalité des entreprises françaises figure en deuxième position après la Suède parmi les fiscalités les plus élevées de l’Union européenne (en 2018, selon l’Institut Montaigne, la fiscalité de production française représentait 10% des revenus fiscaux de l’État vs. 2% pour l’Allemagne). Cela est particulièrement vrai pour l’industrie qui représente 14% de la valeur ajoutée en France, mais porte 20% des impôts de production.

Deuxièmement, en raison d’une consommation ponctuellement contrainte, les ménages français ont accumulé un niveau important d’épargne de précaution pendant le confinement, équivalent au montant du plan de relance (soit 100 milliards d’euros). Si transformée en dépenses, cette épargne pourrait nourrir la reprise de la consommation. En comparaison avec nos voisins européens, le taux d’épargne des Français a augmenté significativement de +5% au premier trimestre 2020 (à 19%) vs. +2% en Allemagne et +4% en moyenne dans l’UE. Il s’établit donc largement au-dessus de la moyenne européenne, ce qui pourrait conduire à la conclusion que les ménages ne sont pas contraints dans leur consommation et que par conséquent une relance du pouvoir d’achat n’aurait pas de sens. On peut alors s’interroger sur la capacité du plan français à relancer effectivement l’économie dans la mesure où le catalyseur naturel de la consommation et des anticipations positives des ménages est l’emploi. Or la situation de l’emploi ne s’améliorera pas avant quelques trimestres, si bien que le risque est de voir la consommation repartir mollement. Par ailleurs, il est clair que cette épargne accumulée étant concentrée sur les revenus et les patrimoines élevés, il serait erroné d’en tirer la conclusion que les ménages français vont se remettre à consommer et que cet excédent d’épargne sera réellement dépensé. Cela nous incite à revenir sur le choix allemand de baisser la TVA, impôt le moins progressif et donc touchant plus massivement les ménages les plus modestes. 

En réalité, le choix fait par la France au travers du volet « cohésion » du plan de relance, est de continuer de consacrer des montants importants (6,6 milliards d’euros) à des mesures de soutien à l’emploi. Au final, l’objectif est de soutenir la production et l’emploi en France directement, plutôt que de soutenir la consommation qui pourrait avoir l’effet indésirable d’accroitre les importations. C’est sans doute un argument de poids.

Si nous observons les mesures de relance par secteur, le plan est dédié en grande partie à la rénovation de l’infrastructure et du bâtiment (13% du plan sont dédiés à l’amélioration énergétique et thermique) et le secteur du transport (12% du plan total, avec comme mesures phares la modernisation ferroviaire, le soutien à la demande de véhicules propres, R&D aéronautique/spatiale…). En revanche, il apporte un moindre soutien aux services, comme la santé (6%), la culture (2%) et le tourisme (moins de 1%). Le fil conducteur de ces investissements sectoriels est bien sûr l’écologie (cf. graphique), déclarée comme priorité du gouvernement, et cette fois en totale cohérence avec le plan allemand et les ambitions européennes. La France va investir 30 milliards sur le financement de la transition écologique, une ambition forte (1,2% du PIB) et en ligne avec l’Allemagne (1,4%) mais un montant qui reste relativement modeste comparé à celui annoncé dans le projet du candidat démocrate aux élections américaines Joe Biden (2 trillions d’euros, soit 9% du PIB des États-Unis).

Source : Plan France Relance, estimation Indosuez Wealth Management

 

Au final, et à l’image du plan européen, ce projet constitue presque davantage un plan de transformation de l’économie française qu’un plan de relance, et une opportunité d’y inclure des mesures déjà discutées avant la pandémie. Comme il est indiqué dans la préface de ce plan, la méthode a consisté « à transformer la crise en opportunité, en investissant prioritairement dans les domaines les plus porteurs ». Les choix sectoriels semblent évidemment pertinents mais l’une des conditions du succès sera notamment de s’assurer de l’efficacité de l’allocation de ces enveloppes d’investissement. Le calendrier est très ambitieux et l’ampleur du projet impliquera un effort de suivi très significatif.

En termes d’impact macroéconomique, avec les mesures de soutien déjà prises cette année, les prévisions de l’INSEE publiées le 8 septembre tablent sur une baisse du PIB en 2020 autour de 9%. Le gouvernement estime que ce nouveau plan devrait relever la croissance de 1,5 point dès 2021 ce qui devrait conforter voire améliorer notre prévision d’un rebond de 6,5% de la croissance en 2021.

Quant aux finances publiques, selon le dernier projet de loi de finance publié fin juillet, le gouvernement avait déjà révisé ses prévisions de déficit public à 11,5% du PIB en 2020 et la dette publique à 121% du PIB (à comparer à 98,1% en 2019). Ces prévisions prennent en compte 57 milliards d’euros du premier plan d’urgence de 470 milliards. En effet, les 300 milliards d’euros de prêts garantis par l’État (dont environ 120 milliards ont déjà été accordés) n’ont pas d’impact immédiat sur le budget.

Enfin, pour les investisseurs, ce plan ne fait que confirmer l’attrait structurel des thématiques de long terme autour de la santé, du numérique, des infrastructures et de l’environnement en dépit de leur performance déjà importante cette année.

Source : Commission européenne, Indosuez Wealth Management

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11 septembre 2020

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