Europe/États-Unis : premier touché, dernier guéri ?

31 mars 2021

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Si l’Europe a été frappée avant les États-Unis par l’épidémie de COVID-19, c’est pourtant de l’autre côté de l’Atlantique que la reprise économique est la plus forte, soutenue notamment par d’importants plans de relance.

 
L’heure est à la réouverture aux États-Unis…
 

L’économie américaine a ainsi affiché une croissance de 4.3% au quatrième trimestre 2020 et la croissance attendue par la Fed pour 2021 est estimée à 6.5% contre 4.2% en décembre dernier. Les derniers indicateurs avancés publiés vont également dans le sens d’une reprise plus forte au pays de l’Oncle Sam. En Mars, le PMI Composite des États-Unis s’est établi pour le sixième mois consécutif bien au-dessus du seuil critique de 50 à 59.1. Bien que certaines pénuries d’approvisionnement aient limité la croissance de la production manufacturière, l'augmentation combinée des nouvelles commandes dans les secteurs manufacturiers et des services a ainsi été la plus forte depuis Septembre 2014. Par ailleurs, le nombre de demandes d’allocations chômage s’inscrit dans une tendance baissière enregistrant fin mars un plus bas d’un an (684 000 demandes contre 730 000 attendues) et témoignant de la bonne dynamique sur le marché du travail.

Ce rebond de l’activité économique est notamment porté par les trois plans de relance massifs de l’administration américaine au cours des douze derniers mois. Les américains viennent de recevoir un chèque du Trésor de USD 1 400 à la suite du plan de 1 900 milliards de dollars voté début mars, le troisième depuis le début de l’épidémie (USD 1 200 en mars 2020 puis USD 600 en décembre dernier) faisant grimper le montant de la relance américaine à plus de 4 000 milliards de dollars. Ces plans massifs viennent également se superposer à une accélération de la vaccination aux États-Unis. Le nombre de doses injectées a atteint 42 pour 100 habitants alors même que le président Biden a annoncé vouloir doubler son objectif de vaccination à 200 millions d’injections espérées à la fin avril. En parallèle, le nombre de nouveaux cas de COVID-19 par millions d’habitants a été divisée par cinq entre début janvier et fin mars bien qu’un rebond soit observé dans les États plus froids du Nord.

La perspective de voir l’économie américaine rouvrir se confirme comme en témoignent les données sur les réservations d’hôtels et visites de restaurants, et nourrit les inquiétudes sur une augmentation de l’inflation. Celle-ci est évaluée à 1.7% en février contre 1.4% un mois plus tôt. Si une hausse temporaire de l’inflation n’est pas exclue par la Fed, des forces de rappel devraient cependant jouer à l’œuvre : le taux de chômage restant encore bien au-dessus de son niveau pré-épidémie du Coronavirus (6.2% en février contre 3.5% auparavant) et la hausse des salaires ne s’étant pas encore matérialisée. De plus, l’inflation cœur, telle que mesurée par le PCE1 Index, reste à un niveau encore bas à 1.4%. Pour les marchés, la question se reporte donc sur un sujet d’anticipations comme en témoigne la hausse récente des points morts d’inflation à cinq ans.

 
…Tandis que la sortie de crise en Europe est encore entravée
 

Cette image contraste avec la situation observée en Europe. À la lecture des chiffres des PMI Composite publiées la semaine dernière, l’optimisme semblerait être retrouvé. Le niveau, mieux qu’attendu, des PMI mène à penser que les entreprises gardent le moral en préparant la sortie du confinement, espérée pour l’été. Le PMI Composite de la Zone Euro a effectivement enregistré un plus haut de 8 mois à 52.5 (contre 49.1 anticipé), tiré notamment par une forte reprise de l’activité manufacturière (PMI Manufacturier à 62.4 contre 57.7 attendu), l’Allemagne en tête. Il est cependant à noter que les données PMI de mars dans leurs estimations préliminaires n’intègrent que partiellement les actualités relatives aux nouvelles mesures restrictives. Par ailleurs, le secteur des services continue d’être contraint par une situation sanitaire détériorée : le PMI des services restant sous le seuil des 50 à 48.8 en mars pour le septième mois consécutif.

En effet, si l’on s’en tient aux données sur la vaccination, les perspectives d’une réouverture plus complète de l’économie semblent retardées. A l’inverse des États-Unis, le nombre de cas par millions d’habitants est reparti à la hausse (350 cas contre 230 un mois plus tôt) et la vaccination peine à accélérer (10 doses injectées pour 100 habitants) alors même que l’Europe est confrontée à des problèmes d’approvisionnement du vaccin AstraZeneca. Seul le Royaume-Uni fait figure d’exception dans ce domaine avec déjà plus de 30 millions d’habitants ayant reçu au moins une première injection (soit 57% de la population adulte), permettant d’envisager une levée progressive des restrictions dans les prochaines semaines.

Enfin, la relance semble également plus compliquée dans la Zone Euro : les fonds liés au plan de relance de 750 milliards d’euros voté par la Commission Européenne en juillet dernier attendent toujours d’être débloqués. Dans ce contexte, l’activité devrait continuer à se contracter au premier trimestre selon la Banque Centrale Européenne (BCE). L’inflation n’est donc pas encore un sujet en Europe, où les taux n’ont d’ailleurs que faiblement réagit à la hausse du rendement des bons du Trésor américains : l’indice des prix en Zone Euro étant encore bien en dessous des objectifs de la BCE, à 0.9% en février.

 
Les marchés regardent devant
 

Dans ce contexte et malgré les incertitudes liées à la reprise de la pandémie en Europe, les marchés, comme à leur habitude, sont dans l’anticipation. Si la reprise plus complète de l’économie européenne semble décalée au second semestre, ces perspectives d’ouverture, conjuguées à une activité plus dynamique aux États-Unis qui devrait tirer à la hausse la demande mondiale, ont nourri l’optimisme des investisseurs. Les indices européens, aidés par leurs composantes plus cycliques et value et présentant des niveaux de valorisation plus faibles qu’outre Atlantique, connaissent ainsi un regain d’attractivité, à l’image du Stoxx 600 qui retrouve désormais son niveau pré-épidémie.

 

[1] Indice des prix PCE (Personal Consumption Expenditures).

 

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31 mars 2021

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